Les myxomycètes

L’aquarium est un véritable jardin, personne ne peut contrôler avec précision ce qui s’y développe. L’air apporte des spores et les oeufs de durée qui donneront naissance à des champignons, des algues et du plancton. Le sol apporte encore plus d’oeuf et de spores, les plantes, même achetées en magasin apportent elles aussi leur lot de vers, d’escargots et d’insectes. Source d’angoisse pour certains, je préfère m’en émerveiller.

Un invité particulièrement étrange apparaît dans certains bacs au démarrage. Il se manifeste sous la forme d’une fine dentelle blanche, recouvrant les vitres, les plantes ou les décors, avant de disparaître le lendemain et de se reformer à un autre endroit. C’est un myxomycète, une étrange créature avec des caractéristiques de champignon et d’amibe.

Un myxomycète est apparu lors de la maturation de l’un de mes aquariums. Il est d’abord apparu sur la vitre arrière, difficile à atteindre, puis il a a progressivement migré sur la vitre avant. Ce fut l’occasion pour moi d’en faire un timelaps s’étendant sur une demi-heure. On peut très clairement le voir étendre ses filaments à la recherche de nouvelles ressources.

Il est difficile de se prononcer de façon définitive sur l’identité de ce myxomycète. Le département de recherche de JBL, alerté par des photos d’aquariophiles a mené l’enquête, et dans un communiqué de presse de 2011 a identifié la bête comme appartenant au genre Didymium, une identification qui a depuis été retenue par la communauté aquariophile. La bestiole est totalement inoffensive bien que intimidante pour le débutant. Heureusement pour elle, on ne connait aucun produit capable d’en venir à bout!

En fouillant un peu la littérature scientifique, on remarque que ces plasmodes aquatiques sont connus depuis 1992 où deux chercheurs ont identifié Didymium nigripes dans un de leurs bacs (Kappel and Anken 1992). Mais la présence de ces blobs dans les environnements aquatiques est connue depuis le XIXème siècle, parmi les autres espèces observées on peut noter:  Didymium difforme, Didymium aquatile mais aussi Physarum gyrosum, Physarum nutans, et Fuligo cinerea.

Probablement Fuligo septica (fructification). Photo personnelle.

L’identification des souches d’aquarium n’est pas aussi aisée que le prétend le communiqué de JBL et même si l’on peut exclure Physarum,de couleur jaune, rien ne nous dit que les myxomycètes observés sont bel et bien des Didymium. Sous leur forme motile, le plasmode, les myxomycètes sont tous semblables. L’identification se fait à partir des fructifications, semblables à celles des moisissures, encore jamais observées en aquariophilie.


 

Les myxomycètes sont passionnants. Le plasmode n’est qu’une unique cellule géante (jusqu’à 10m²), capable de se déformer, remplie de millions de noyaux. Les chercheurs élevant et étudiants des blobs affirment que ceux ci possèdent un caractère propre et plus étonnant encore, de la mémoire! Cette cellule pulse comme un cœur ce qui permet de transporter les nutriments d’un bout à l’autre de la cellule. Elle peut se déformer en tentacules pour explorer son environnement, tentacules qui se transforment en veines charriant les nutriments. Pour éviter les dépenses inutiles d’énergie, la majorité des veines finissent par se rétracter, ne laissant que de larges  autoroutes de nutriments et d’informations. Placés sur une carte avec des tas de nourriture représentant des villes, il est capable d’optimiser la disposition de ses veines entre les monceaux de nourriture jusqu’à reproduire avec une certaine fidélité les réseaux routiers et les plans de métro.

Physarum polycephalum dans une boite de pétri. A droite, Armillariella mellea, un champignon. Par i-saint

Se nourrissant de bactéries, de champignons et de matière organique en décomposition (en laboratoire ils sont nourris aux flocons d’avoine), ils peuvent également composter les déchets organiques.

Un myxomycète dans une poubelle pleine de papier humide. Par Red58bill.

Bien sur toutes ces expériences sont faites sur une espèce différente de celle(s) que l’on rencontre en aquariophilie, à l’air libre en non dans de la flotte. Physarum polycephalum, l’espèce la plus utilisée peut être rencontrée dans les bois, cueillie et élevée en captivité dans une sorte de terrarium, mais d’autres myxomycètes sont trouvables. Et si vous voyez dans votre aquarium un plasmode, n’hésitez pas à en prélever un bout et à tenter de l’élever dans un bocal dédié, on pourrait bien avoir des surprises! N’hésitez pas à faire part de vos expériences!

Fructification de lait de loup (Lycogala epidendrum) immature, mature et spores. Photo personnelle.