Le discus, un poisson mal nourri?

Le discus (Symphysodon aequifasciatusdiscus et tarzoo) est l’un des poissons emblématiques du hobby aquariophile. Ces grandes galettes bariolées sont pourtant réservées à des aquariophiles confirmés tant leur maintenance est contraignante. Si je peux comprendre qu’ils demandent une eau particulière, très douce et chaude, je ne comprends pas comment ils peuvent être aussi sensibles aux maladies et aux parasites, ni pourquoi ils demandent une eau aussi « propre ». En effet, le basin amazonien n’est pas spécialement connu pour son eau cristalline, elle est toujours très chargée en matière organique et en tanins, notamment dans les petites rivières et les marais où l’on rencontre le discus. Je peux comprendre qu’un poisson de torrent de montagne demande une eau particulièrement propre mais de tels besoins pour un poisson de jungle humide échappent à ma compréhension.

Des discus en aquarium. Crédit: Paolo Neo.

Car oui, à ma connaissance le discus est LE poisson le plus difficile à maintenir.

Mais bon… Je n’ai jamais élevé de discus et mon interrogation n’est pas allée beaucoup plus loin. Après tout, c’est le poisson qui dicte ses besoins. Mais un commentaire laissé sous l’article consacré aux galettes du site SeriouslyFish m’a intrigué. La traduction est amateur et le message d’origine est écrit dans un anglais maladroit. J’ai essayé de garder les tournures de phrases d’origine pour ne pas en travestir le sens.

Un discus à l’Aquarium de la Porte Dorée, à Paris. Crédit: Thesupermat.

Par Sverting  le 5 février 2013 à 15:23

Alan, le régime que vous proposez, c’est des conneries 😉 (ndt: 70% de cœur de bœuf, 15% de morue, 10% de crevettes et 5% de petits pois). C’est étrange,  rarement personne ne pense aux conséquences d’une nourriture à base de viande d’animaux à sang chaud sur (la plupart) des poissons. Dans le cas des discus, les résultats d’un tel régime sont une croissance et une coloration exceptionnelles … Tout plus grand et mieux que dans la nature. Alors … ça a l’air étrange, n’est-ce pas? En Amazonie, où ils peuvent manger ce dont ils ont envie et ce dont ils ont besoin, ils sont plus petits, tout en n’étant  pas sous-alimentés.

Autre chose, dans son habitat naturel, le discus est une espèce plutôt rustique. Il arrive à éviter tout problème avec les parasites. Pourquoi donc?
Le régime alimentaire bien sûr! Parce que LE DISCUS EST UNE ESPÈCE PRINCIPALEMENT HERBIVORE!

Comment?! De quoi parlez-vous? Blasphème! Au bûcher!

Beaucoup de dissections de discus sauvages ont été faites. Pour les polonophones, je vous propose le lien suivant:

http://krytykaakwarystyczna.wordpress.com/zywienie-ryb-moze-wreszcie-niektorzy-zrozumieja-ze-czyli-czym-odzywiaja-sie-przedstawiciele-rodzaju-symphysodon-w-naturze/

Les aliments non digérés ont été analysés par Crampton. Verdict, à la saison des pluies, 77% de la nourriture était constituée de détritus et de végétaux, 5% de décapodes, 10% de larves de chironomes, 8% de matière ligneuse, d’insectes et de crustacés… A la saison sèche, l’équilibre dévie sur les insectes et les crustacés (seulement 55% de détritus / matière végétale).

Leurs intestins ne sont pas construits pour digérer la chair des animaux à sang chaud. Ils sont typiques d’un herbivore.

Quel est le BON RÉGIME?

  • de la spiruline;
  • de l’épinard;
  • des petits pois;
  • d’autres légumes;
  • des crevettes;
  • des larves de moustiques;
  • des vers de vase rouge;
  • du krill.

Aucune chair de poisson n’a jamais été trouvée dans l’estomac d’un discus sauvage.

Il n’est donc PAS RECOMMANDÉ de leur donner:

  • du poisson.

Et il NE FAUT PAS leur donner:

  • du coeur d’animaux à sang chaud;
  • toute autre partie d’un animal à sang chaud.

Cela les rend malades, désoriente leurs organes, surtout le foie. Un régime inapproprié est la raison pour laquelle le discus est considéré comme un poisson difficile à reproduire. C’est pourtant facile! Vous devez juste leur faire suivre un régime normal! Celui auquel ils étaient constamment exposés depuis des milliers d’années.


Je suis allé voir le lien qu’il propose. Je ne parle pas (et surtout je ne lis pas) le polonais bien que je connaisse quelques jurons dans cette langue, mais mon ami Google m’a aidé. Il s’agit d’un article de Dr. Marta Mierzeńska, diplômée de l’Université Jagellon de Cracovie et rédactrice de la revue Tanganika MAGAZYN et paru dans le blog Krytyka Akwarystyczna (Aquarium Critique/Sceptique en français).

Le périphyton, constitué d’algues, de champignons et de débris végétaux et la principale source de nourriture du discus lors de la saison des pluies. Photo prise dans la Sèvre Niortaise en France. Crédit: Lamiot.

Je ne vais pas vous faire l’affront de traduire l’article en entier puisque Sverting l’a déjà plutôt bien paraphrasé (et parce que c’est un peu illégal), je vous invite néanmoins à en lire la traduction automatique, parfaitement digeste. Et puis c’est sourcé, ce qui est bien.

Marta souligne la différence qu’il y entre le régime naturel d’un poisson et celui qui lui est administré en aquariophilie. Le second est généralement choisit pour que les poissons grandissent ou se reproduisent plus rapidement, mais qu’il n’est pas toujours sans conséquences. Et les aquariophiles ne sont pas à blâmer, ils ont rarement accès aux informations de terrain et font ce qu’ils peuvent de manière empirique.

Lors de la saison sèche, quand les algues poussent mal, le discus se tourne vers les larves de chironomes appelés vers de vase rouges. Crédit: Slimguy.

Doit-on coller aux traditions aquariophiles ou aux observations de terrain? Je vous invite fortement à en discuter dans les commentaires et à partager cet article auprès d’aquariophiles ayant beaucoup plus d’expérience que moi concernant les discus. Et si quelqu’un maintient déjà ses discus avec un régime « naturel », j’aimerais pouvoir discuter avec lui, de même tenez-moi au courant si vous souhaitez faire le test vous-même.

 

La patate douce, premier OGM

Vous connaissez sans doute la patate douce, ce tubercule qui revient petit à petit à la mode. Rose, orange ou violette, sucrée, salée, au four ou à la poêle, chaque variété et chaque culture ont leur recette. On peut même l’utiliser comme plante ornementale, comme filtre d’aquarium (sisi) ou en faire un carburant ! Son histoire est passionnante, et je vais vous la conter.

Différentes variétés de patates douces à Padangpanjang. Crédit: Ivan Atmanagara.

La patate douce (ou Ipomoea batatas) est une plante de la famille des Convolvulacées. La fleur, en forme de cône, et son port de plante grimpante ne sont pas sans rappeler les liserons, plantes très communes dans nos rues et jardins et faisant partie de la même famille. Mais ce qui différencie la patate douce de ses cousines, c’est son tubercule farineux. Si certaines Convolvulacées possèdent aussi des racines comestibles, seule Ipomoea batatas produit cette large racine ayant fait le tour du monde. Cette caractéristique est récente, on estime son apparition à il y a environ 8000 ans, époque à laquelle les Amériques étaient déjà habitées. Un battement de cil dans l’histoire du vivant.

Une patate douce en fleur à Hong Kong. Crédit: Earth100.

Que s’est-il donc passé il y a 8000 ans? Pour le savoir, il va falloir parler d’un autre acteur de l’histoire, l’agrobactérie ou Agrobacterium tumefaciens. Ce microbe est un pathogène des plantes, mais son moyen d’action est assez particulier. Les bactéries possèdent un unique chromosome circulaire qui contient l’essentiel de leur génome. Le reste est réparti sur de petits fragments d’ADN appelés plasmides. Ces plasmides peuvent être échangés entre bactéries ce qui permet à une mutation de se propager rapidement (c’est comme ça qu’apparaissent les souches multi-résistantes aux antibiotiques). L’agrobactérie possède un plasmide particulier qu’elle peut transmettre aux cellules végétales, qui modifie leur ADN en y insérant des gènes de la bactérie.

Des agrobactéries sur une cellule de carotte. Crédit: A. G. Matthysse, K. V. Holmes, R. H. G. Gurlitz.

Les cellules infectées vont alors se multiplier et former une tumeur, ou galle (pas grand-chose à voir avec nos tumeurs cancéreuses !), dont le but est de nourrir les bactéries. Les plantes sont généralement infectées au niveau des racines, mais pas au niveau des fleurs, la modification génétique est locale et n’est pas transmise à la descendance. C’est après avoir étudié cette bactérie et la patate douce que les premiers Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) ont vu le jour. Ils ont permis de mieux comprendre la génétique des plantes.

Tumeur sur une rose. Crédit: PaleCloudedWhite.

Il y a 8000 ans, un plant d’Ipomoea d’une espèce aujourd’hui disparue a été parasité par une agrobactérie. Par hasard, la modification génétique a été placée de telle sorte qu’elle ne gêne pas le développement de la plante. Comme d’habitude, la racine de l’Ipomoea s’est mise à produire beaucoup de cellules. Les cellules végétales pouvant facilement changer  de fonction, certaines cellules de la tumeur ont développé une tige, sur laquelle se sont formées des fleurs. Bref, la modification génétique s’est transmise à la génération suivante, sans aide de la bactérie. Depuis, chaque plan d’Ipomoea batatas forme un gros tubercule sucré et farineux, qui ne sert plus à nourrir une bactérie parasite mais à stocker des réserves d’énergie pour la plante. Les patates douces sont apparues.

Ipomoea trifida, l’espèce sauvage non tubéreuse la plus proche de la patate douce. Crédit: Barry Hammel.

3000 ans après commence la domestication de la plante, qui aura beaucoup de succès en Amérique Centrale et en Amérique du Sud. Il faut dire que la plante est assez résistante, facile à cultiver, à multiplier, à cuisiner, et pour couronner le tout, toutes ses parties sont comestibles et riches en nutriments.

Dulce de batata au chocolat, un dessert traditionnel en Amérique du Sud. Crédit: Gveret Tered.

La patate douce a quitté le double continent américain au premier millénaire de notre ère pour s’installer en Polynésie, d’où elle s’exportera à Hawaï et en Nouvelle-Zélande puis en Asie du Sud-Est. Elle est importée en Chine à partir des Philippines en 1594 pour pallier de mauvaises récoltes. En 1735, on en consomme aussi au Japon et le Shogun en plante dans son jardin personnel. En 1764, c’est en Corée qu’elle s’installe. Elle est cultivée en Inde au moins depuis le XVIème siècle et on a longtemps cru qu’elle en était originaire, bien qu’elle n’y pousse pas à l’état sauvage. De là elle sera exportée en Afrique où elle est encore consommée.

Une pâtisserie japonaise à la patate douce. Crédit: Laitr Keiows.

Le tubercule transgénique n’arriva réellement en Europe qu’avec la découverte des Amériques par les Espagnols et est encore cultivée au Portugal. Dans les colonies qui deviendront les Etats-Unis d’Amérique la patate douce sera très appréciée, mais étant considérée comme un aliment de pauvre, elle sera remplacée par la pomme de terre. Elle est néanmoins cultivée pour produire des biocarburants.

Des frites de patate douce accompagnant un burger végétarien. Crédit: Bandita.

Aujourd’hui elle est surtout cultivée et consommée en Asie mais revient à la mode dans nos contrées. Elle est beaucoup cultivée en tant que plante ornementale, que vous avez sans doute vue dans les jardinières municipales. Les variétés à grandes feuilles en cœur vert fluo ou en trident pourpre fleurissent de nombreuses villes à la belle saison.

Ipomoea batatas ‘Sweet Caroline Red’. Crédit: David J. Stang.

Et puisque je parle pas mal d’aquariophilie sur ce blog, parlons d’une étrange pratique américaine. L’aquariophilie à la burger est très technique, beaucoup y maintiennent des poissons gigantesques, avec de puissants filtres. Avec la mode de l’aquascaping, les plantes font leur grand retour, mais rarement plus qu’une décoration supportée par des engrais et une injection de CO2… A l’exception de la patate douce ! Un certain nombre d’aquariophiles outre-Atlantique suspendent des tubercules à fleur d’eau pour que ceux-ci développent des racines et absorbent les nitrates irrémédiablement produits par le filtre. La méthode est réputée très efficace bien que je n’aie trouvé aucun chiffre l’appuyant. On sait également que les tiges de la plante peuvent être bouturées dans l’eau et qu’elles peuvent servir de plante en trempette, pratique devenue courante chez les aquariophiles français.

Une patate douce en aquarium. Crédit: Nicky Stedman, tous droits réservés.