Au secours, des taches blanches sur mes plantes!

Ça me fait toujours plaisir de recevoir un colis baveux, cela veut dire que je vais pouvoir photographier de nouvelles algues! Cette fois ci j’identifie les algues poussant dans l’aquarium de Laure. Elle a réagi sur la publication d’une personne ayant des Thorea hispida (une espèce traitée ici). Elle possède aussi cette espèce rare, mais bien d’autre également.

Son aquarium est un 650l planté avec deux rampes LED et une injection de CO2 pour les plantes. Il va avoir deux ans. Il a l’air très clean comme ça, mais il regorge d’étranges surprises.

Il y a un an, les plantes à croissance lente et les pierres ont été envahies par des algues blanches. Leur identité restera un mystère puisqu’elles ont disparu depuis. Je soupçonne néanmoins une cyanobactérie, différente de la « cyano » habituelle des aquariums.

L’identité des gros filaments bruns n’est pas un mystère, c’est une Thorea hispida. Les filaments peuvent être très longs, mais Laure les arrache régulièrement. Ils sont ici associés à des filaments très semblables mais plus ramifiés, plus fins et d’une couleur verte pâle.

Au microscope, Thorea hispida dévoile sa structure particulière. De nombreux filaments très fins poussent en brosse autour d’un filament central, plus épais. Le tout est noyé dans un mucilage qui donne à l’algue un toucher glissant. Les prises au microscope ont d’ailleurs été compliquées par cette caractéristique: l’algue avait tendance à glisser entre les lames de verre.

L’algue verte pâle est glissante au toucher aussi. Elle ne pousse d’ailleurs pas que sur les racines, mais également sur les rochers et sur les feuilles des plantes à croissance lente.

Sur les photos, on a l’impression que ce sont des boudins très semblables à ceux de Thorea, mais l’échantillon en main, même à l’oeil nu on peut chaque filament est fait de pompons gélatineux enfilés comme des perles. Au microscope on observe une structure certes semblable à celle de Thorea hispida, mais les petits filaments ne poussent pas en continu sur le filament principal, mais en touffes espacées de manière régulière. Cette structure est caractéristique du genre Batrachospermum, mais je ne peux malheureusement pas m’avancer plus loin.

Passons maintenant au problème qui tracasse le plus Laure: ses Anubia et ses Cryptocoryne se couvrent de taches blanches. D’après elle, cela a commencé par des taches vertes. Les taches vertes ou Green Spot Alga (GSA) sont causées par Coleochaete, un charophyte encroutant.

La croûte blanche est granuleuse, cristalline et se dissout dans le vinaigre. Il s’agit donc de carbonates. Le phénomène quand des carbonates se précipitent sur une plante ou une algue s’appelle la décalcification biogène. Lorsque le CO2 dissout se fait rare, certaines algues et plantes produisent des gradiant de pH. Du côté acide se forme de l’acide carbonique, assimilable par le végétal. Du côté alcalin, les carbonates solides précipitent, formant une croûte blanche.

Au microscope j’ai pu observer les taches vertes sur des feuilles de Cryptocoryne. Mais une algue verte sur fond vert c’est assez difficile observer en détail.

Mais il y avait également des taches vertes sur les feuilles mortes de Heteranthera zosterifolia. Ces feuilles étant noircies et translucides, on a un bon contraste pour voir les algues. La structure en disque devient évidente. Coleochaete est en réalité une algue filamenteuse, mais les filaments sont rampants et chez beaucoup d’espèces, fusionnent en un disque.

Des taches vertes, détachées de leur support étaient aussi dans le colis, sur le sopalin humide ayant servi d’emballage aux échantillons. C’est sous cette forme que vous connaissez peut-être les points verts: quand ils poussent sur les vitres de l’aquarium.

Les plaques blanches poussent directement sur la Coleochaete, ce qui est intéressant. En effet l’Anubia est incapable de faire de la décalcification biogène, de même que la plupart des plantes et algues. Mais Coleochaete est génétiquement proche des characées, des algues dont la principale source de carbone est la décalcification biogène.

Il reste deux petites algues à traiter. Elles sont présentes en très petite quantité. La première est visible sur les photos de l’aquarium, comme de très fins filaments sur les feuilles de Cryptocoryne et de Heteranthera. C’est une algue si fine que même en visuel à l’oculaire du microscope, je ne peux en voir grand-chose. C’est une algue verte dont je peux distinguer les chloroplastes et elle est faiblement ramifiée, les cellules apicales sont pointues. C’est peut être Stigeoclonium.

La deuxième est une cyanobactérie poussant en filaments entourés d’un fourreau, aux cellules apicales pointues, dépourvu d’hétérocystes. Peut être Homoeothrix.

Cet aquarium a un pH de 7.5 et une dureté élevée. Malgré l’injection de CO2, les plantes en manquent car dans ces conditions, il est essentiellement converti en bicarbonates qu’elles assimilent difficilement. L’algue Coleochaete profite alors de la mauvaise santé des plantes pour pousser à leurs surface. Sa capacité à convertir le bicarbonate en carbone assimilable lui permet d’entrer en compétition avec les plantes et de les recouvrir. La mauvaise santé des plantes est également la raison pour laquelle d’autres algues épiphytes poussent sur elles en si grand nombre. Un changement des paramètres est prévu pour Laura mais avec un aquarium de plus de 600l ce n’est pas une tâche facile!