Identification d’une grosse boule d’algues!

Mise à jour du 05/02/2018: Suite à l’achat d’un microscope numérique d’une bonne qualité, d’un peu d’aide extérieure et plusieurs heures de lecture et de comparaison, les identifications faites dans cet article ce sont révélées partiellement caduques. Pour plus d’information, lisez mon dernier billet.

Les algues en eau douce, ça fait peur. Mais la peur vient généralement de l’ignorance. Voila un moment que je cherche à désacraliser le sujet des algues en aquariophilie en les étudiant et en les identifiant, car derrière des termes fourre-tout comme « algue filamenteuse » se cachent plusieurs espèces différentes. En mettant un nom dessus, on apprendra peut-être en accepter certaines, et pour celles qui sont définitivement nuisibles, on sera peut-être capables de leur trouver une parade efficace.

Une belle touffe d’algues qui étouffe la Fissidens fontanus.

Un membre du groupe Facebook que j’administre a publié les photos des algues qui sévissent dans son aquarium. J’en ai profité pour lui demander un échantillon qui est rapidement arrivé dans ma boite aux lettres. J’avais néanmoins fait une petite identification pifométrique à partir des photos car l’algue filamenteuse m’a fait penser aux Pithophora que j’ai déjà observé dans mes propres bacs.

Les algues prêtes à partir.

L’échantillon déballé, on remarque facilement qu’il y a au moins trois espèces d’algues différentes. La première se reconnait aisément à l’œil nu par ses épais filaments d’un bleu gris, branchus et de diamètre variable. C’est une macroalgue rouge connue chez les aquariophiles sous le nom de cornes de cerf (staghorn pour les mangeurs de burgers et rosbif) et sous le nom de Compsopogon caeruleus. Elle est présente en quantité limitée dans l’échantillon et a sans doutes servi d’ancrage à la masse de filaments verts.

Compsopogon caeruleus poussant sur une feuille.

La deuxième espèce ne pousse que sur les thalles de Riccia et Fissidens arrivés avec l’échantillon. Elle se présente sous la forme de poils raides, courts et perpendiculaire au support sur lequel elles poussent. Ce genre d’algues sont souvent identifiées (peut être à tort) comme Oedogonium à cause du site ivanov.ch qui les présente comme telles. Je n’ai aucune idée de leur identité, ce sera l’occasion de découvrir.

Des petits poils verts poussent sur la Riccia fluitans.

La troisième espèce est bien entendu la filamenteuse qui occupe une grande partie de l’échantillon. Les filaments ne sont pas franchement branchus (ce qui élimine Cladophora), lisses (ce qui élimine Oedogonium) et non glissants (ce qui élimine toutes les  zygnematacées comme Spirogyra). En raison de l’aspect et de la texture de coton mouillé de l’algue, je penche quand même pour un cladophorale, probablement Pithophora encore une fois ou peut-être Rhizoclonium, car je commence à avoir de sacrés doutes sur la première option.

Je commence par filmer de petits échantillons avec  mon « microscope numérique », un jouet acheté en brocante que j’ai réussi à brancher au PC. Les images sont floues et ne permettent pas d’identifier clairement les deux algues vertes. Je passe alors au microscope optique, la vue est parfaite mais la seule façon que j’ai trouvée pour vous les partager a été de coller ma webcam à l’oculaire du microscope. L’image est très dégradée, il faut donc imaginer certains détails que je voyais clairement à l’œil.

Les gros filaments (rosâtres ici) de l’algue en cornes de cerf.

MàJ: Il s’agit de Rhizoclonium tout comme la touffe verte (voir en bas)[L’identification des poils épiphyte ne se fait pas attendre. Certains filaments, cassés, révèlent des parois cellulaires fines,  en deux pièces et en forme de H. C’est une algue du genre Tribonema et surprise! Ce n’est pas une algue verte, mais une algue « jaune-verte » ou Xanthophycée. Elle appartient donc à la lignée brune, plus proche des algues brunes et rouges que des algues vertes. Il est probable que ce ne soit pas la seule algue à pousser en épiphyte que les plantes, d’autres seront sans doutes à identifier.]

Les filaments de Tribonema Oedogonium cassés se terminent par une demi-cellule vide.

L’identification de l’algue filamenteuse a été à la fois plus longue et plus facile [pas si facile que ça visiblement]. Les filaments sont très longs, non branchus et lisses. Pithophora caractérisé par de nombreuses et larges akinètes noires (des réserves de nutriments) est écarté. En remontant les filaments j’ai trouvé des segments ou l’algue fait un coude et à ce même endroit se situe un rhizoïde. Cette structure est assez caractéristique de Rhizoclonium. J’ai également trouvé de petites sphères poussant au bout de certains filaments. Peut-être une sorte d’akinète ou un organe reproducteur.

De longs filaments verts et lisses…
… Parfois coudés avec un rhizoïde…

Alors, quelle analyse puis-je tenter de faire après cette série d’identifications? Rhizoclonium est, comme beaucoup d’algues vertes, une opportuniste ayant les mêmes besoins que les plantes qui profitent de la faiblesse des plantes pour s’installer. Un brossage régulier et une bonne santé des plantes devraient permettre de s’en débarrasser sur le long terme. Rhizoclonium pousse aussi sur les plantes lorsque celles-ci sont soumises à une lumière trop intense pour leurs besoins, j’aurais donc tamisé l’éclairage. La présence de Compsopogon est plus coton à interpréter. Elle a peut-être poussé dans le Rhizoclonium, profitant de la lumière que cette dernière a filtré et appauvri. Peut-être aussi que l’éclairage de l’aquarium est trop décalé dans le bleu [c’est le cas, problème récurent des rampes Chihiro], ce qui profite à Compsopogon et sa chlorophylle booster aux caroténoïdes.

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