Nouveau microscope et retour sur les identifications

Récemment j’ai reçu un nouveau microscope électronique et j’en ai profité pour revoir les échantillons que j’ai déjà observés. J’ai fait quelques erreurs d’identifications. Un manque de connaissances, d’expérience, une observation très superficielle et un matériel inadapté se sont alliés pour que je confonde des algues finalement très semblables en apparence. Je suis plus certain de mes nouvelles conclusions, mais il n’est pas impossible que cela change à nouveau.

J’ai tout d’abord décidé de ré-observer trois algues filamenteuses vertes pour les comparer. La première m’a été envoyée par Amandine de mon groupe Facebook, identifiée comme Rhizoclonium (voir la grosse boule d’algues), la deuxième vient de mon propre aquarium, identifiée comme Microspora (voir les algues de mes bacs) et la troisième m’a été envoyée par le blogueur Mattier, issue de son aquarium à algues (voir son billet) que je n’avais pas encore bien observé. Mises dans le même récipient, je n’ai pas sur faire la différence entre mon algue et celle d’Amandine, celle de Mattier est plus jaune et semble plus irrégulière.

Au microscope, c’est la surprise, c’est la même algue! L’algue de Mattier se distingue toujours des deux autres par sa couleur, mais on peut clairement l’identifier à Oedogonium grâce à certaines cellules rondes. Ce sont des oocystes, cellules contenant l’oosphère, le gamète femelle.[MàJ: en fait Rhizoclonium produit des akinètes semblables, l’absence de cicatrices de croissance, le toucher r^che et la présence de (rares) rhizoïdes sont plus importants pour cette identification] J’ai eu beaucoup de mal à trouver cet organe reproducteur, seul élément permettant d’identifier cette algue autrement assez lisse. Il m’a fallu passer au peigne fin l’assez gros échantillon envoyé par Mattier, son algue semble se reproduire essentiellement de manière végétative.

Les longs filaments de Mattier.
Au centre, un oocyste accroché au bout d’un filament cassé.

Les filaments à moi produisent aussi des cellules reproductrices identiques, cela élimine donc ma première identification (à savoir Microspora… qui comme son nom l’indique à de petites spores). Mais qu’en est il des éléments en forme de H que j’avais observé? Hé bien il y en a quelques-uns, mais ce sont juste des cellules d’Oedogonium de Rhizoclonium cassées et vidées de leur contenu, parfois froissées, pas de pièces solides en H bien identifiables, la mauvaise qualité de l’image avec le microscope utilisé précédemment m’a joué des tours.

Sur cette image on peut tout aussi bien voir la cellule reproductrice, un bout de cellule vide pouvant faire penser à Microspora et une autre cellule vide complètement froissée.

L’algue d’Amandine contient aussi de grosses cellules, j’ai pu en photographier une isolée.

Oocyste en bout de filament.

Un affreux doute m’a alors pris. Et si ce que j’avais identifié comme Tribonema n’en était pas. Je me rends compte que sr les vieilles photos, on voyait déjà les grosses cellules caractéristiques. C’était donc bien la même algue, que ce soit la pelote de fils ou les poils sur les plantes. Mais alors pourquoi j’ai pensé à Tribonema? Déjà pour la même raison que Microspora, des morceaux de cellules brisées pouvaient faire penser aux parois cellulaires caractéristiques de ces deux genres. Mais la couleur était aussi d’un vert plus pâle, ce qui n’est bien sur par un critère fiable pour distinguer les algues vertes des algues jaune vertes, mais a contribué à mon erreur. Un test au Lugol permet de montrer la richesse en amidon de ces oosphères, ce qui exclu définitivement Tribonema, car les xanthophytes ne produisent pas d’amidon.

Même à faible grossissement les cellules reproductrices sont visibles.
A plus fort grossissement, on les reconnait encore mieux.
Un test au lugol met évidence l’amidon.

MàJ: il s’agit bien de Rhizoclonium et non d’Oedogonium, un genre proche de Cladophora.

[périmé:Oedogonium possède de nombreuses espèces, réputées très difficiles à identifier formellement. Il est possible également de séparer ce genre en trois groupes. Les Oedogonium qui portent des anthéridies (cellules mâles) sur le même filament que l’oocystes (dioïques), ceux qui les portent sur des filaments séparés (monoïque) et ceux avec des filaments « mâles nains » poussant en épiphyte sur le filament femelle. Le problème est qu’il est très difficile d’obtenir des filaments fertiles en culture. J’ai longtemps observé les échantillons et je n’ai observé sur aucun filament ni les cellules courtes caractéristiques des anthéridies, ni de filament mâle nain.

Néanmoins il serait possible de relier la largeur des filaments de chaque espèce à la concentration en phosphore, et donc en nutriments de l’eau. Les espèces les plus fines (comme la notre) seraient caractéristiques des rivières pauvres en nutriment. Cette hypothèse est encore à vérifier à l’échelle globale, elle n’a encore été testée que dans le réseau fluvial norvégien.]

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