Quelques algues printanières

Je profite de mes sorties pour ramasser quelques algues dans les bassins des parcs autour de chez moi. J’essaye de les identifier une fois chez moi, histoire d’exercer mon œil à les reconnaitre.

Le lundi de Pâques je suis passé au parc des Chanteraines à Gennevilliers et à Villeneuve-le-Garenne et hier je suis passé au parc des Impressionnistes à Levallois. Ces deux parcs possèdent de nombreux points d’eau où les algues foisonnent. La plupart de ces algues ne sont pas observables en aquarium mais restent intéressantes à observer.

Dans le secteur des Tilliers du parc des Chanteraines a été creusée une mare, enjambée par un petit pont. Alors que les plantes peinent encore à se réveiller, des amas d’algues vertes forment déjà des amas flottants

Il s’agit d’un mélange de trois ou quatre algues dites « conjuguées » ou zygnematophytes, elles tirent leur nom de la manière dont elles se reproduisent. Au lieu de produire des gamètes comme les autres végétaux, elles se collent filament à filament, cellule à cellule et le contenu de la cellule mâle migre dans la cellule femelle dont le contenu se contracte pour lui faire de la place. Le tout se fait à travers de ponts tendus à travers les membranes cellulaires.  Le zygote obtenu s’enkyste et peut germer à la saison suivante. Les algues conjuguées s’entourent d’une gangue mucilagineuse qui les rend glissantes au toucher et difficiles à collecter, mais faciles à reconnaitre.

L’espèce la plus commune de cet échantillon est une Mougeotia aux chloroplastes en forme de ruban plats, suivent ensuite des filaments aux chloroplastes spiralés, la fameuse Spirogyra. Un filament particulier de Spirogyra était visible à l’œil nu, il appartenait peut-être à une espèce distincte.

Il est très courant d’observer les algues conjuguées pousser en communauté. Elles sont caractéristiques des eaux propres (mais pas seulement!) et claires et poussent essentiellement au printemps.

Dans l’étang des Hautes Bornes a été cueillie une Cladophora bien ramifiée et presque transparente en compagnie peut être d’une diatomée filamenteuse que je n’ai pas réussi à identifier. Les Cladophora poussent toute l’année et il est probable qu’un échantillon en meilleur santé soit observable dans les mois à venir. Comme les autres algues qui poussent dans cet étang (mais qui n’apparaitront que plus tard) elle est le signe d’une eau eutrophe.

J’avais ramassé quelques Azolla ficuloïdes pour essayer d’observer les cyanobactéries vivant dans des cavités dédiées dans les feuilles de la fougère. Ces cyanobactéries Anabaena azollae ont à l’image des légumineuses la capacité de fixer l’azote atmosphérique et de ne pas dépendante de la teneur en azote (NH4, NO2, NO3) de l’eau. Cette symbiose permet aux Azolla de prospérer sur des eaux plus pauvres en nutriments et concurrencer les lentilles d’eau. Malheureusement je n’ai obtenu qu’une bouillie de fougère sans cyanobactéries observables. Je vous livre donc quelques photos sympathiques  de la plante encore entière.

Heureusement, dans la pelouse poussait aussi un crachat de Lune (Nostoc sp.), une cyanobactérie coloniale proche d’Anabaena azollae. Elle possède elle aussi des hétérocystes, ces grosses cellules dédiées à la fixation de l’azote atmosphérique.

Pour finir un seul filament de Zygnema a été trouvé dans un échantillon des Mariniers, reconnaissables à ses chloroplastes étoiles, toujours par paire. Il était mélangé à des Spirogyra et Mougetia, il est assez courant d’observer ces trois genres ensemble.

Passons maintenant au parc des Impressionnistes. A l’ombre entre deux blocs de pierre/béton poussent une touffe de filaments rêches.

Le microscope dévoile une algue en assez mauvais état, peu colorée et envahie d’épiphytes, mais ses ramifications nous orientent vers une Cladophora là aussi. L’amas de fayot rosâtre est sans doutes une ponte de chironomes. En parlant d’animaux, de nombreux petits cladocères habitent dans ces algues. Proches des daphnies mais beaucoup plus petits, sans doutes des Chydorus sphaericus.

Deux échantillons d’algues filamenteuses flottant en amas ont été observés. Dans le premier on a une algue ramifiée aux longues cellules, sans doutes Pithophora roettleri ainsi que des Spirogyra.

Le deuxième contient également de la Spirogyra mais aussi une algue qui n’a pas de cellules cloisonnées (on dit « siphonnée »). C’est une Vaucheria que l’on reconnait aussi à ses nombreux organes sexuels sous la forme de trois boules. Malgré sa couleur ce n’est pas une algue verte, mais une algue jaune-verte ou xanthophycée. Elle est plus proche des diatomées et des autres algues brunes que de n’importe quelle algue verte. Funfact, des limaces de mer sont capables de voler les chloroplastes des Vaucheria qu’elles consomment et de les utiliser, se passant ainsi de nourriture pour le reste de leur vie.

L’échantillon suivant a été arraché à un morceau de plante de berge flottant dans une eau particulièrement riche et turbide.

En plus des Spirogyra, il a une algue filamenteuse très fine. L’examen au microscope optique a plus fort grossissement confirme que c’est bien une algue, mais aucune caractéristique notable ne permet de l’identifier.

Des plaques constituées de champignons, bactéries et/ou cyanobactéries constellaient les dalles immergées. De ces plaques grises s’échappaient des filaments de Spirogyra.

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